Press comments

On parle de Charlelie dans la presse

CharlElie Couture, The Multist (version en français)

Sunday, November 30, 2014

Par R.C Gaulke - New York

Le Garment District, ancien coeur industriel de la mode à New York. Des milliers de mètres de tissu y roulent encore, comme autant d’éclairs redonnant de la couleur aux contours de ce quartier autrement terne. Aujourd’hui, les ateliers de misère ont fermé, remplacés par des devantures de magasins, des bureaux et des start-ups.


I. Le pêcheur sait attendre

Il a déchiré ses toiles. Le voilà qui les recoud. “Le rose symbolise le sexe” dit-il.

Il colle une bande de lycra fluorescente.

L’artiste sort ensuite un autre tableau à moitié fini. Que pourrait-il bien utiliser?

Une scène de Manhattan explose sur une toile. Une boîte de peinture s’ouvre. CharlElie Couture coupe l'image avec une ligne qui s’épaissit à mesure des traits. Ca zigzague à travers la scène, tirant le regard de l’image dans un espace au-delà du cadre, suggérant quelque chose de plus profond que l'immédiat.


II. Sang neuf

Sur un papier blanc, une série de formes géométriques apparaissent, sombres et ombragées. L’utilisation des ombres donne à voir de nouvelles proportions, une autre échelle, un autre poids. Des points sont peints. Une autre dimension est laissée entendre.

En série, une douzaine de variations prennent forme au crayon et à l’aquarelle.

On entend les sons, des choses se fracassant, se tirant, se coupant et se reformant. Des palettes jonchent sur le sol de l’atelier. Une série de formes en bois brun foncé se tiennent debout comme une armée, ou une ville. Les figures sont placées en séquences et un nouveau Manhattan émerge des débris du Garment district.

Après une semaine de production, l’artiste examine son travail. Rassasié et plutôt satisfait, il prend sa guitare et commence à gratter. Des vocalises, puis des phrases. Un camion s’arrête un instant devant la vitrine de l’atelier, suggérant un vers. Hmmmm. “Non”

Une toile musicale est déchirée et commence un autre processus.


III. Le Tout En Même Temps

“En France, on le connait comme chanteur” disent-ils. “Ici, c’est un Multiste”.

Bienvenu à New York, où l’expression personnelle prend autant de formes que l’expression elle-même.

Considérez un réalisateur de films, louant son appartement à des touristes, créant un film promotionnel pour le marathon de la ville tout en écrivant un documentaire pour Discovery Channel. Il présente aussi un show dans des salles exotiques du coin, où il improvise des danses. Son endurance devient virale: plus de 100 épisodes en ligne. Il produira votre prochain clip de musique pour 800 $ si vous le payez en une fois, cash.

Venez rencontrer cet informaticien Guyanais, chasseur de têtes dans le Queens. Il s’apprête à faire son quota de placement du mois. L'an dernier, il était livreur de pizzas et vendait du cannabis dans la voiture de sa mère. Et puis il doit rembourser un prêt d’études de 80.000 dollars, ce qui ne l'empêche pas d’être optimiste. En plus de tout ça, il fait partie d'une nouvelle génération de musiciens rock qui font des reprises du “shoe-gaze” britannique. Il joue la guitare, la basse et la batterie.

Sa copine fait dans le burlesque. Elle est serveuse dans un bar, et écrit en parallèle un livre sur les traditions corporatistes, sous la forme de fictions qui racontent les aventures d’artisans de Brooklyn vendant leurs produits trois fois plus chers que la bouffe bio. Evidemment, elle joue dans un groupe, elle aussi.

Ces New-Yorkais ont quelque chose en commun avec l’artiste. Couture crée de grandes synthèses, mélangeant son art avec la ville qu’il habite. Ses impulsions le poussent vers une grande variété de médias et de formes. C’est une entreprise ambitieuse: personne ne le connait ici. Et il doit payer un loyer, maintenir sa famille. Ca aurait été simple pour lui de se répéter, mais il avance dans la seule direction possible: plus loin.

Pour un oeil peu aguerri, le travail est moins accessible qu’avant. Mais l’artiste est en train de trouver une nouvelle langue en utilisant les ressources de cette terre nouvelle. Il y a des mots sur la toile, des lignes sur les négatifs, des photos qui fusionnent en peintures, des surfaces colorées puis re-dessinées. Des morceaux de bois dépassent ici et là. Les images défilent. Sur ses toiles, aussi vastes que des vitrines de magasin, le spectateur découvre une série de convergences, entre la parole objective de la photographie et la subjectivité du monde de la peinture; la rigueur du quadrillage de la ville et la liberté de l’individu; l’horizontalité d’une société matérialiste et la présence de l’infini.


IV. Keep on movin' baby, keep on movin' on.

“Eh connard, dégage de là!”

Ça c’est le “bonjour” New Yorkais.

Change ta vie comme tu changes de vêtements; des buildings tombent, des quartiers émergent. La nourriture se mange en courant. Tout le monde parle en acronyme, en abréviations, en néologismes, en argot informatique. Une ville de Napoléons en jupes qui marchent vers la guerre des bureaux.

The ReGallery est à la fois un garage et une boutique et les nouveaux tableaux, aussi grands que la vitrine, se reflètent sur la ville qui lui fait face. Les tableaux grimpent au mur, sortent dehors, se retirent. L’artiste garde une marge d’erreur, ses mains pleines de peinture.

“Whoa. Regarde ça...”

“Mec, combien pour ça????”

“C’est quoi ça????”

“Ca c’est un putain de truc de fou!!!!”

“Mec, combien pour ça????”

Ils s’arrêtent et regardent, les promeneurs de chiens, les flics, les livreurs, les gangsters, les clochards, les cadres.


V. À la recherche de mon Art-territoire

Demandez-lui de se vendre et il commencera à s’énerver à propos des “money people”.

Les jeunes passent la porte, lui lâchent des CVs, comme si il y avait une multinationale qui le soutenait. En effet, un rapide tour de la scène artistique de Downtown révèle un mélange de salons pleins de vanité et de showrooms commerciaux. Là-dedans, rien de bien bouleversant, ni provoquant, ou même perturbant.

Dans cette société où le temps est argent, la contemplation et les émotions comptent peu. Ces besoins sont sublimés, réprimés, niés pendant les heures de travail. Les toiles, les photos-graffs ou les croquis de Couture commentent et posent des questions sur l’ordre des choses.

Souvent, les clients entrent dans la galerie silencieusement, passent quelques minutes et ressortent en soufflant un “merci”. Il reviennent, une semaine ou deux après et tendent leur carte de crédit. Le poster, la photo, ou le livre sont enveloppés dans du papier kraft. Puis ils se remettent la ville sur le dos, comme un manteau.


VI. Les Ours Blancs

Kevin est resté calme pendant trois jours. C’est la dernière scène et il ne doit pas bouger de l’angle de la 36ème rue et de la 7ème avenue alors qu’un tas de gens le fixent, lui touchent le ventre, lui marchent sur les pieds.

“Aller Ken, on a fini oui???! J’en ai marre!!!!”

“Encore quelques clichés, répond calmement Ken Webb, qui shoote le clip “Les Ours Blancs” avec CharlElie.

On lui avait dit de rencontrer Ken sur le Brooklyn Bridge et de continuer à marcher pendant qu’il le filmait de côté. Kevin ne pensait pas trop à la chanson. Il avait juste la foi que le clip marcherait bien.

Alors qu’ils étaient en train de filmer sur le pont, puis à la bourse, à Chinatown, et à Central Park, Kevin commence à comprendre le sens de tout ça; les gens réagissaient vis-à-vis de lui tantôt avec indifférence, tantôt avec fascination.

Kevin Cerovich, 27 ans, représente un nouveau genre de “greffe” new-yorkaise. Car les meilleurs musiciens de jazz américains aussi immigrent ici pour tenter leur chance. Le fait que CharlElie reste ouvert à de proches collaborations avec d’autres artistes est peut-être une des raisons pour lesquelles sa musique reste vivante. Comme le remarquait un jour le musicien brésilien Milton Nascimento “La collaboration est le coeur de la créativité”.

“Il est toujours à la recherche de quelque chose de nouveau... Couture est complètement désinhibé. Il est tellement passionné par New-York, je me suis tout de suite senti parti prenante de son travail... Il n’a ni âge ni style. Il est constamment en train de changer. Rien n’est sacré dans son désir intrépide de créer quelque chose de neuf et de réinventer. Musicalement, on dirait que les trucs qu’il joue sortent par hasard, mais ils sont parfois très pensés.”

En effet, depuis “Double Vision”, sa musique semble avoir puisé son énergie dans la ville. Alors que d’autres artistes de sa génération se retirent ou recyclent, Couture continue à prendre des risques, en engageant de jeunes musiciens, et en gardant les oreilles ouvertes sur les nouvelles technologies et les nouveaux sons. Son public répond à ce nouveau Couture alors qu’il a banni le vieux de Google et YouTube.


VII. Double Vision

Même si Couture admet avoir trouvé de l’inspiration chez Warhol dans son envie de toucher à toutes les sphères de la créativité, il y a une différence fondamentale de perspective entre les deux hommes. 

Vous ne trouverez pas dans l’atelier de CharlElie un cercle désabusé de gens émotionnels et souffrant d’insécurité. Vous y verrez un travailleur de la construction, bien plus qu’une rock star. Pas un gars cynique à la poursuite des nantis et des célèbres, mais un homme humble sur le chemin singulier de sa vision artistique. Il y a de l’excitation sur la 36ème rue, mais aussi de l’introspection.

En ce moment, il est particulièrement inspiré par la configuration de la ville. Son quadrillage et ses lignes, qui reflètent la pensée directe et droit au but de ses habitants. Couture continue à décoder et à composer dans ce nouveau langage. Il trouve du spirituel dans le banal et des convergences entre son intériorité et son extériorité, générant chaleur et lumière. Il s’ouvre à un processus qui catalyse quelque chose qui le fait remonter à ses premiers contacts avec le Dadaisme tout en le propulsant vers les technologies et les comportements humains du 21ème siècle, qui le fascinent.


VIII. Next?

Une strip-teaseuse exige un portrait nu. Des artistes vagabonds lui apportent leurs travaux dans l’espoir de pouvoir les exposer. Des touristes allemands perdus en chemin vers un salon de tatouage s’arrêtent des heures, lui achètent des albums et des estampes. D’autres touristes passent par la galerie après une journée à l'Empire State Building, au Apple Store ou au Met. Transportant leurs paquets plein de d’achats à travers restaurants et buildings, il font attention en entrant dans la ReGallery.

Un gentilhomme de la tribu Fulani attend dans l’atelier. Il est venu vendre ses produits artisanaux au marchand d’art africain de l’autre côté de la rue. Habillé de la tête au pieds en boubou et pagne traditionnel, il porte un sac incroyablement lourd sur son épaule. Il l’ouvre et révèle ses trésors. Il n’a pas de téléphone, et le marchand est absent. On se verse un thé et la conversation est engagée. Il s’assoit sur le rebord de la fenêtre pendant une heure et sourit aux touristes français. Les beaux produits artisanaux s’échangent. 

Un homme mal en point, la cinquantaine, entre et se fige, obsédé par une photo de châteaux-d’eau prise d’en haut. Il arpente d’autres oeuvres, mais revient toujours à cette scène aquatique. Il explique qu’il est fonctionnaire. Il pourrait tout aussi bien être un survivant de guerre vu l’intensité qu’il dégage. Il n’a pas assez d’argent pour ce qu’il veut, mais c’est secondaire. On s’arrange et la peinture est enveloppée dans du papier de boucherie. Son visage se détend, comme soulagé.

Au-delà des expositions très en vue et des invitations à l’ambassade, Couture arrive à établir des relations avec les gens d'une façon tout à fait différente de ce qui se fait couramment sur la scène artistique de Manhattan. Mais quand vous viendrez à New York, vous le verrez par vous-même.

Back

×

Vous utilisez un navigateur obsolète !

Ce site utilise des technologies modernes qui ne sont pas supportées par votre navigateur. Vous êtes susceptible de rencontrer des problèmes d’affichage. Nous vous recommandons d’utiliser ou de mettre à jour l’un des navigateurs suivants :